L’amphithéâtre de Grand (Vosges)

L’amphithéâtre de Grand (Vosges)

 

Pour en savoir plus sur le patrimoine romain de Lorraine, se reporter également à la série d’articles consacrés au fameux site archéologique de Grand dans les Vosges : le musée, la somptueuse et exceptionnelle mosaïque et l’histoire du site en lui-même.

Situé en Lorraine, cet amphithéâtre est l’un des plus grands du monde romain, ce qui permet au petit village de Grand d’être un site archéologique incontournable et majeur. Les dimensions sont en effet colossales : 148 m au niveau de l’axe et une contenance d’environ 16 à 17 000 personnes (estimation actuelle). Probablement construit entre la fin du Ier s. et le début du IIe s. ap. J.-C., il est abandonné à la fin du IVe s. lorsque l’empire romain devient chrétien et quand les combats de gladiateurs sont progressivement interdits. Il est classé monument historique depuis 1846.

Dimensions comparées des grands théâtres antiques, selon J.-B. Jollois dans son Mémoire sur quelques antiquités remarquables du département des Vosges (Paris, 1843, p. 20 - ouvrage disponible sur le site Gallica de la BNF).
Dimensions comparées des grands théâtres antiques, selon J.-B. Jollois dans son Mémoire sur quelques antiquités remarquables du département des Vosges (Paris, 1843, p. 20 – ouvrage disponible sur le site Gallica de la BNF).
Dimensions comparées des grands amphithéâtres antiques, selon J.-B. Jollois dans son Mémoire sur quelques antiquités remarquables du département des Vosges (Paris, 1843, p. 21 - ouvrage disponible sur le site Gallica de la BNF).
Dimensions comparées des grands amphithéâtres antiques, selon J.-B. Jollois dans son Mémoire sur quelques antiquités remarquables du département des Vosges (Paris, 1843, p. 21 – ouvrage disponible sur le site Gallica de la BNF).

Cet édifice de spectacle est anciennement connu, comme le montre ce plan réalisé par le comte de Caylus sous la forme d’une aquarelle.

Plan de l’amphithéâtre de Grand par le comte de Caylus.
Plan de l’amphithéâtre de Grand par le comte de Caylus en 1761 (47,8 x 63,5 cm). Il figure dans le recueil des Dessins originaux de monuments construits par les Romains dans les Gaules levés par les ingénieurs des Ponts et Chaussées, Comte de Caylus, BNF, Département des Estampes et de la Photographie.

Après l’abandon de l’édifice, les pierres ont été régulièrement utilisées pour construire de nombreux bâtiments du village, notamment au niveau de l’église Sainte-Libaire et de ses environs. Dépouillé d’une grande partie de son apparat en pierre, l’amphithéâtre paraissait alors relativement nu, même s’il avait profondément marqué de son empreinte le sol. Les fouilles entreprises par Jean-Baptiste Prosper Jollois dès 1820 permirent d’avoir une première idée concrète de l’ampleur de l’ensemble architectural :

Etat du site d'après J.-B. Jollois dans son Mémoire sur quelques antiquités remarquables du département des Vosges (Paris, 1843, planche 3 - ouvrage disponible sur le site Gallica de la BNF).
Etat du site d’après J.-B. Jollois dans son Mémoire sur quelques antiquités remarquables du département des Vosges (Paris, 1843, planche 3 – ouvrage disponible sur le site Gallica de la BNF).

Les vestiges archéologiques (arcades, forme de l’ensemble…) ne laissent déjà que peu de doutes sur l’identification du monument. Des éléments de murs du podium ont été conservés. Le paysage est résolument bucolique avec la présence de prairies, d’un moulin à vent… Le village de Grand est aussi visible à l’arrière-plan. En fait cet aspect rural et brut a longtemps été conservé, jusqu’à ce que Roger Billoret décide en 1963 de dégager l’ensemble du site après la découverte fortuite par des enfants d’un mur encore bien préservé.

Au XIXe s., J.-B. Jollois présentait le site dans son Mémoire sur quelques antiquités remarquables du département des Vosges (Paris, 1843, p. 6 – ouvrage disponible sur le site Gallica de la BNF) : « L’aspect de l’amphithéâtre de Gran (sans d) n’offre, à la première vue, qu’un amas confus de ruines, où, à l’exception de deux arcades encore debout, et construites avec d’énormes matériaux, on n’aperçoit rien qui présente quelques formes arrêtées, quelques lignes régulières ».

Les arcades d'après J.-B. Jollois dans son Mémoire sur quelques antiquités remarquables du département des Vosges (Paris, 1843, planche 3 - ouvrage disponible sur le site Gallica de la BNF).
Les arcades d’après J.-B. Jollois dans son Mémoire sur quelques antiquités remarquables du département des Vosges (Paris, 1843, planche 3 – ouvrage disponible sur le site Gallica de la BNF).

Les arcades se prolongeaient aussi sous l’amphithéâtre et elles permettaient de soutenir les gradins. Ces deux arcades sont encore bien visibles de nos jours :

Les deux arcades antiques de l'amphithéâtre de Grand © Roma Aeterna
Les deux arcades antiques de l’amphithéâtre de Grand
© Roma Aeterna
Les deux arcades antiques de l'amphithéâtre de Grand © Roma Aeterna
Les deux arcades antiques de l’amphithéâtre de Grand

© Roma Aeterna

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Les deux arcades antiques de l’amphithéâtre de Grand
© Roma Aeterna

Une structure moderne en bois permet de restituer l’aspect d’autres arcades de l’amphithéâtre :

Structure en bois moderne de l'amphithéâtre de Grand © Roma Aeterna
Structure en bois moderne de l’amphithéâtre de Grand
© Roma Aeterna

La construction de l’amphithéâtre s’est appuyée sur l’existence d’une colline et d’un vallon. Sa forme architecturale ne répond pas aux standards italiques, mais plutôt gallo-romains (forcément…). En effet, sa forme n’est pas celle d’une cauea complète. En fait seuls les gradins inférieurs font le tour de l’arène.

Plan de l'amphithéâtre d'après J.-B. Jollois dans son Mémoire sur quelques antiquités remarquables du département des Vosges (Paris, 1843, planche 4 - ouvrage disponible sur le site Gallica de la BNF).
Plan de l’amphithéâtre d’après J.-B. Jollois dans son Mémoire sur quelques antiquités remarquables du département des Vosges (Paris, 1843, planche 4 – ouvrage disponible sur le site Gallica de la BNF).
Reconstitution de l'amphithéâtre d'après J.-B. Jollois dans son Mémoire sur quelques antiquités remarquables du département des Vosges (Paris, 1843, planche 6 - ouvrage disponible sur le site Gallica de la BNF).
Reconstitution de l’amphithéâtre d’après J.-B. Jollois dans son Mémoire sur quelques antiquités remarquables du département des Vosges (Paris, 1843, planche 6 – ouvrage disponible sur le site Gallica de la BNF).
Comparaison avec d'autres édifices de spectacle, d'après J.-B. Jollois dans son Mémoire sur quelques antiquités remarquables du département des Vosges (Paris, 1843, planche 7 - ouvrage disponible sur le site Gallica de la BNF).
Comparaison avec d’autres édifices de spectacle, d’après J.-B. Jollois dans son Mémoire sur quelques antiquités remarquables du département des Vosges (Paris, 1843, planche 7 – ouvrage disponible sur le site Gallica de la BNF).

L’édifice était aussi doté d’un aqueduc en-dessous de l’arène, ce qui servait de réceptable aux eaux de l’amphithéâtre, mais aussi pour celles de l’espace urbanisé. Un grand corridor en petits moellons traversait toute l’étendue de l’amphithéâtre et débouchait des deux côtés dans l’arène. Ce grand corridor est aussi doté de plusieurs pièces qui sont encore visibles. Ces chambres intérieures sont signalées par la lettre A dans le plan de J.-B. Jollois (planche 3). Elles ont été directement créées dans les massifs de maçonnerie, à gauche et à droite de l’arène. Des soupiraux évasés permettaient de faire entrer la lumière du jour à l’intérieur.

Vue sur la voie d'accès au grand corridor © Roma Aeterna
Vue sur la voie d’accès au grand corridor
© Roma Aeterna
Le grand corridor © Roma Aeterna
Le grand corridor
© Roma Aeterna

Si les spectateurs les plus pauvres accédaient au spectacle par les vomitoires, les « VIP » gagnaient leur place dans les premiers gradins en passant par ce grand corridor. Ils avaient alors le privilège de voir les coulisses des spectacles, dont les fameux animaux qui s’impatientaient dans leurs cages. Notons que des ossements de sangliers, de loups et d’ours ont été retrouvés lors des fouilles, mais la présence probable de fauves n’est pas certaine. Cet édifice était bien-sûr utilisé pour les chasses (uenationes) le matin, pour les mises à mort pendant le temps de midi et pour les combats de gladiateurs l’après-midi qui étaient le clou du spectacle. Rappelons aussi que contrairement aux idées reçues, les mises à mort étaient très rares, surtout dans les provinces éloignées de l’Vrbs… L’amphithéâtre de Grand était aussi utilisé pour des représentations théâtrales.

L'une des pièces où les animaux attendaient leur passage dans l'arène. © Roma Aeterna
L’une des pièces où les animaux attendaient leur passage dans l’arène.
© Roma Aeterna
Détails de la maçonnerie romaine © Roma Aeterna
Détails de la maçonnerie romaine
© Roma Aeterna
L'une des pièces où les animaux attendaient leur passage dans l'arène. © Roma Aeterna
L’une des pièces où les animaux attendaient leur passage dans l’arène.
© Roma Aeterna
Vue générale du grand corridor et des pièces © Roma Aeterna
Vue générale du grand corridor et des pièces
© Roma Aeterna

De nombreuses découvertes furent effectuées lors des fouilles, notamment  durant celles menées par J.-B. Jollois au XIXe s. On peut noter sur cette planche la présence d’un morceau d’entablement, des corniches, de divers fragments architecturaux, des chapiteaux, des piédestaux…

Découvertes d'après J.-B. Jollois dans son Mémoire sur quelques antiquités remarquables du département des Vosges (Paris, 1843, planche 10 - ouvrage disponible sur le site Gallica de la BNF).
Découvertes d’après J.-B. Jollois dans son Mémoire sur quelques antiquités remarquables du département des Vosges (Paris, 1843, planche 10 – ouvrage disponible sur le site Gallica de la BNF).

Un élément a dû vous titiller : « Pourquoi ces gradins en bois qui n’ont rien d’antique ??? ». Entre 1993 et 1995, l’amphithéâtre a été doté d’une « couverture » en iroko qui présente plusieurs avantages. D’abord la structure permet de restituer la forme de ce semi-amphithéâtre, puis elle favorise la préservation du site. En effet le monument a été construit avec une pierre calcaire extrêmement friable. Enfin ce bois exotique a l’avantage de devenir gris au fil du temps, ce qui le fait ressembler à de la pierre.

La structure en iroko (bois) de l'amphithéâtre © Roma Aeterna
La structure en iroko (bois) de l’amphithéâtre
© Roma Aeterna
Reconstitution des différents niveaux des gradins et recréation de la loge d'honneur © Roma Aeterna
Reconstitution des différents niveaux des gradins et recréation de la loge d’honneur
© Roma Aeterna
Structure métallique et en bois d'iroko © Roma Aeterna
Structure métallique et en bois d’iroko
© Roma Aeterna
Escalier qui débouche sur le grand corridor © Roma Aeterna
Escalier qui débouche sur le grand corridor
© Roma Aeterna

L’état de l’escalier montre assez bien à quel point la pierre calcaire est friable et devait absolument être protégée. Une partie de l’édifice est plus récente. Ainsi une partie du grand corridor à droite a bénéficié d’une réparation au IIIe ou au IVe s. ; c’est pourquoi il est paré de grands blocs de pierre.

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Corridor réparé au IIIe s. ou au IVe s. © Roma Aeterna
Corridor réparé au IIIe s. ou au IVe s.
© Roma Aeterna

La visite de l’amphithéâtre ne se limite pas au site en lui-même, puisqu’il est également possible d’avoir accès à un petit espace d’exposition qui présente des parures, un trésor monétaire, un chapiteau… Voici un bel autel votif découvert dans l’amphithéâtre par J.-B. Jollois :

Autel votif découvert dans l'amphithéâtre de Grand © Roma Aeterna
Autel votif découvert dans l’amphithéâtre de Grand
© Roma Aeterna
Autel votif découvert dans l'amphithéâtre de Grand © Roma Aeterna
Autel votif découvert dans l’amphithéâtre de Grand
© Roma Aeterna

CIL, XIII, 5936

Ex iuss(u) / de(ae) Dia(nae) / si quis hic / delustra/ue[r]it h(abeat deam iratam ?)  […] // D(eae) N(emesi?) / M(arcus) G[…] F[…] / u(otum) s(oluit).

Hélas cet autel votif est largement lacunaire, même si son état favorise cette traduction : « Par ordre de la déesse Diane, si quelqu’un est purifié ici, il encourra le courroux de la déesse (?) // A la déesse Némésis, Marcus G[…] F[…] s’est acquitté de son voeu.

A noter l’erreur de transcription sur le cartel du musée pour le nom de la déesse Diane… 


Pour en savoir plus : 

La page de l’office du tourisme : http://www.tourismevosges.fr/Découvrir/Unhautlieudel’archéologievosgiennelesitedeGrand.aspx#.VcthKGC9Clg

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