Le musée de Grand (Vosges)

Le musée de Grand (Vosges)

Pour en savoir plus sur le patrimoine romain de Lorraine, se reporter également à la série d’articles consacrés au fameux site archéologique de Grand dans les Vosges : l’amphithéâtre romain, la somptueuse et exceptionnelle mosaïque et l’histoire du site en lui-même.

Outre l’amphithéâtre, les remparts et les divers vestiges antiques, le village est doté d’un petit musée qui permet de mettre en valeur les découvertes archéologiques faites ces dernières décennies. La muséographie est très récente, puisque le musée vient d’être refait et pas uniquement pour la magnifique mosaïque. Une ambiance sobre et tamisée a été  choisie pour mettre en valeur les collections permanentes :

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Musée de Grand © Roma Aeterna
Musée de Grand
© Roma Aeterna

De beaux décors architecturaux sont présentés, tel celui-ci :

Décor architectural avec des décors végétaux et un bras. © Roma Aeterna
Décor architectural avec des décors végétaux et un bras.
© Roma Aeterna

Cet élément architectural a été taillé dans une pierre calcaire locale du Barrois et date de la fin du Ier s. ou du IIe s. ap. J.-C. Il a été retrouvé à Grand dans le jardin Huguet. Le décor végétal est constitué de feuilles de chêne et présente même un gland. Sur le côté gauche, un bras semble tenir un candélabre.

Plusieurs fragments architecturaux constituaient vraisemblablement une frise sur le thème de la mer. Ils ont été découverts en 1969 (rue Liffol-le-Grand). Ces blocs de calcaire datent du IIe s. et forment une frise qui représente un cortège avec des néréides, des dauphins et des tritons, comme ci-dessous.

Triton retrouvé en 1969 et datant du IIe s. © Roma Aeterna
Triton retrouvé en 1969 et datant du IIe s.
© Roma Aeterna

Triton est le fils de Neptune (le dieu de la mer) et il est représenté ici avec un visage et des muscles gonflés, afin de signifier qu’il est en plein effort. Sa coiffure est constituée de feuilles en forme de fer de lance (en fait des algues). A droite, on distingue aisément une nageoire. Tous ces éléments marins facilitent l’identification du personnage mythologique.

Un chapiteau de style corinthien particulièrement bien décoré permet de mieux évaluer la magnificence du portique monumental de la rue du Ruisseau qui se trouve près de l’église. Ce passage couvert devait permettre aux badauds d’aller aux thermes sans risquer d’être mouillé en cas de pluie ou sans souffrir du soleil (par exemple…).

Chapiteau de style corinthien du portique de la rue du Ruisseau © Roma Aeterna
Chapiteau de style corinthien du portique de la rue du Ruisseau
© Roma Aeterna

Quittons les blocs architecturaux, pour les fragments statuaires.

Fragment de main appartenant à une sculpture monumentale. © Roma Aeterna
Fragment de main appartenant à une sculpture monumentale.
© Roma Aeterna

A première vue, ce fragment de main peut paraître anodin, pourtant cette main gauche levée, 2,5 fois plus grande qu’en réalité, devait appartenir à une statue représentant un dieu ou un empereur. Réalisée dans un calcaire du Barrois, cette main aurait pu tenir une haste, une sorte de lance qui est un symbole du pouvoir impérial. En regardant plus attentivement, on remarque que sur le dessus des doigts, un bandeau couvre la jointure des trois doigts pliés.

De multiples fragments de statues ont été mis au jour à Grand et certains sont encore présentés dans le village, dont cette tête d’enfant :

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Tête d’enfant retrouvée dans le jardin Huguet à Grand © Roma Aeterna

Le visage a des traits très marqués, avec des joues joufflues, des yeux en amande percés d’un trou de trépan pour représenter la pupille. Dans les années 1970, l’enfant avait été identifié au frère de Caracalla, Géta. Cette hypothèse est guère plausible.

Il est aussi possible de se « faire une collection d’orteils » avec ces fragments de sculptures monumentales en calcaire. Ces fragments ont aussi été retrouvés dans le jardin Huguet à Grand.

Fragments de sculptures © Roma Aeterna
Fragments de sculptures
© Roma Aeterna

Pour « habiller les orteils », vous pouvez opter pour de belles sandales, dont le site de Grand a livré des semelles de plusieurs chaussures qui ont même conservé plusieurs rangées de clous. La forme des semelles s’est en fait conservée sous la forme d’une empreinte, le cuir ayant diffusé les oxydes de fer.

Fragments de semelles © Roma Aeterna
Fragments de semelles
© Roma Aeterna
Fragment d'une semelle romaine © Roma Aeterna
Fragment d’une semelle romaine
© Roma Aeterna

D’autres objets de la vie quotidienne sont également présentés au public, comme ces entraves en fer forgé. Cette découverte fut importante, car il s’agit du seul objet de ce type retrouvé dans le territoire des Leuques. La taille des anneaux et la présence d’un cadenas ne laissent planer aucun doute sur la destination de ces entraves : elles étaient réservées à des êtres humains… Ce qui fait bien-sûr penser à la présence d’esclaves.

Entraves en fer forgé destinées à des êtres humains © Roma Aeterna
Entraves en fer forgé destinées à des êtres humains
© Roma Aeterna

La clarine était quant à elle destinée aux animaux. Faite en bronze avec un battant de fer, cette clochette était attachée au cou du bétail. L’objet a été découvert lors de fouilles archéologiques menées en 2012.

Clochette retrouvée à Grand © Roma Aeterna
Clochette retrouvée à Grand
© Roma Aeterna

Un graffito a été découvert sur du mortier lors de fouilles menées dans le Grand Jardin en 1967. Il représente la caricature d’un homme de profil avec des cheveux longs. Les proportions ne sont guère respectées, notamment au niveau de l’oeil.

Graffito retrouvé à Grand © Roma Aeterna
Graffito retrouvé à Grand
© Roma Aeterna

L’épigraphie funéraire est aussi à l’honneur grâce à une inscription bien mise en valeur datant des époques gallo-romaine et mérovingienne. Cette pière tombale en pierre calcaire de Savonnières a été retrouvée dans la sépulture 176 de la nécropole du Bréhaut et a été réutilisée à l’ère mérovingienne durant laquelle elle a été retaillée en bâtière. On peut lire une inscription : Memoria Passe. En souvenir donc d’un être qui s’appelait Passa.

Epitaphe retrouvée à Grand © Roma Aeterna
Epitaphe retrouvée à Grand
© Roma Aeterna

Dans la salle de la mosaïque, on distingue au fond une magnifique stèle à fronton triangulaire de la déesse Meditrina. Hélas il ne s’agit ici que d’une version en plâtre, puisque l’original se trouve au musée d’Epinal. Cependant cette copie permet de nous familiariser avec une déesse méconnue. Au centre de la composition se trouve la déesse assise, vêtue d’une longue tunique plissée. Elle tient dans sa main gauche des tablettes et dans l’autre une écuelle. On distingue une autre femme à droite qui tient un ustensile. D’autres ustensiles sont représentés : une cuillère, une chaudière, un fourneau, un cuveau… Tous ces éléments permettent d’identifier la scène, puisqu’il s’agirait de Meditrina, la déesse tutélaire des médecins et des pharmaciens en train de préparer des potions.

Stèle à fronton de la déesse Meditrina © Roma Aeterna
Stèle à fronton de la déesse Meditrina
© Roma Aeterna
Stèle à fronton de la déesse Meditrina © Roma Aeterna
Stèle à fronton de la déesse Meditrina
© Roma Aeterna
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