Exposition : « Trésors des Médiomatriques…Quand la Moselle était gallo-romaine. »

Trésors des Médiomatriques… Quand la Moselle était gallo-romaine

Pour en savoir plus sur le patrimoine romain de Lorraine, se reporter également à la série d’articles consacrés au fameux site archéologique de Grand dans les Vosges : l’amphithéâtre romain, le musée, la somptueuse et exceptionnelle mosaïque et l’histoire du site en lui-même.

Exposition du 3 juin au 31 octobre 2015 :
Exposition du 3 juin au 31 octobre 2015 : « Quand la Moselle était gallo-romaine : trésors des Médiomatriques »

Cette exposition est actuellement proposée au Parc archéologique européen de Bliesbrück-Reinheim. Ce site a la particularité de se trouver à la frontière franco-allemande, puisque Bliesbrück est en Moselle et Reinheim en Allemagne.

© Roma aeterna
© Roma aeterna

Le Département de la Moselle a collaboré avec le musée de la Cour d’Or à Metz pour proposer un aperçu de la vie du peuple des Médiomatriques. Celui-ci occupait à l’époque gauloise un vaste territoire à l’Est de la Gaule, qui s’étendait de la vallée de la Meuse jusqu’à la plaine du Rhin. Les limites territoriales se sont ensuite modifiées. A partir de l’époque augustéenne, cette tribu intègre la province de Gaule Belgique. Divodurum Mediomatricorum (Metz) devient le chef-lieu administratif du territoire médiomatrique. Durant l’Antiquité tardive, l’aire géographique des Médiomatriques se réduit encore et finit par se confondre avec le département de la Moselle.

Carte approximative du territoire des
Carte approximative du territoire des « Médiomatriques » au moment de la conquête romaine
Pièces de monnaie des Médiomatriques © Roma Aeterna
Pièces de monnaie des Médiomatriques
© Roma Aeterna

Le parcours de l’exposition est chronologique et met en scène les découvertes archéologiques issues des collections mosellanes et européennes. L’accent est mis sur l’apport considérable de l’archéologie préventive.

Le public peut donc découvrir ici la vie des Médiomatriques à travers ses occupations urbaines et rurales, la variété de son artisanat et la diversité de ses religions entre le IIIe s. av. J.-C. et le Ve s. ap. J.-C.

Installation de l'exposition sur les Médiomatriques. Source : http://www.republicain-lorrain.fr/edition-de-sarreguemines-bitche/2015/05/31/incursion-dans-la-cite-des-mediomatriques
Installation de l’exposition sur les Médiomatriques.
Source : http://www.republicain-lorrain.fr/edition-de-sarreguemines-bitche/2015/05/31/incursion-dans-la-cite-des-mediomatriques
© Roma Aeterna
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Divodorum (Metz)

Cet oppidum secondaire gaulois devient le chef-lieu administratif du territoire médiomatrique. Metz a la chance de jouir d’une position géographique favorable, car elle est située sur des axes majeurs de communication (routiers et fluviaux). Comme toute cité de l’Empire romain, Metz se dote dès le dernier tiers du Ier s. d’une parure monumentale, avant d’atteindre son apogée au IIe s. Hélas les bâtiments civiques (basilique, curie, forum…) sont peu connus, mais la présence de thermes et d’un amphithéâtre trahit la romanisation des populations locales.

Cette romanisation se traduit également dans la sphère privée, notamment dans les demeures des notables locaux. L’exposition présente ici quelques découvertes réalisées dans la rue de la pierre hardie à Metz.

Domus de la rue de la pierre hardie, Metz © Roma Aeterna
Domus de la rue de la pierre hardie, Metz
© Roma Aeterna
Domus de la rue de la pierre hardie, Metz © Roma Aeterna
Domus de la rue de la pierre hardie, Metz
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L’exposition essaie de mettre en scène un fragment d’enduit peint et une mosaïque à décor géométrique qui ont été retrouvés à Metz dans une riche demeure. Les peintures murales (dont la hauteur devait s’élever à 5m) ont été détérioriées par un incendie. La mosaïque est quant à elle constituée par deux tapis à décors géométriques juxtaposés sur une superficie de 23 m2. Le fragment est orné de motifs de peltes (boucliers), dont nous retrouvons de nombreux parallèles en Gaule Belgique. L’atelier qui a fait cette mosaïque pourrait d’ailleurs venir de Trèves.

Mosaïque aux oiseaux © Roma Aeterna
Mosaïque aux oiseaux
© Roma Aeterna
Mosaïque aux oiseaux © Roma Aeterna
Mosaïque aux oiseaux
© Roma Aeterna

Cette mosaïque figurative et polychromique a été retrouvée en 1970 dans une domus de la rue Maurice Barrès à Metz. Datée du IIe s., elle ornait le sol d’une riche demeure avec son motif octogonal et deux oiseaux perchés sur une branche au feuillage vert. Deux canthares, peut-être remplis de vin, viennent compléter ce décor bucolique qui évoque la douceur de vivre à la romaine : l’otium dans lequel la nature et la fertilité tiennent une place de choix.

Le monde des morts

La sépulture de la
La sépulture de la « dame au torque »
© Roma aeterna

Ce mobilier funéraire appartient à la fameuse sépulture dite de la « dame au torque » qui a été retrouvée à Mondelange. En dehors de l’exposition, ces bijoux sont conservés au Musée de la Cour d’or à Metz. L’enclos 188 de la nécropole de Mondelange a révélé neuf tombes à inhumation. La sépulture 179, datée entre 325 et 280 av. J.-C., présentait une femme (entre 30 et 40 ans) qui était richement parée. Ces bijoux étaient le signe d’appartenance à une classe sociale élevée et comptent parmi les chefs-d’oeuvre de l’art celtique en Lorraine. Le torque à disques (alliage cuivreux, corail et or) est d’ailleurs particulièrement impressionnant.

Même à l’époque romaine, il est encore possible de déceler des traces de traditions celtiques dans le monde funéraire. C’est par exemple visible dans les représentations des défunts qui adoptent d’autres modes vestimentaires et par le maintien dans l’onomastique d’éléments celtiques.

Stèle funéraire © Roma Aeterna
Stèle funéraire
© Roma Aeterna

 ILTG, 00371 : [D(is) M(anibus)] / Carantodio / Gaioli

« Aux Dieux Mânes, à Carantodius, fils de Gaiolus ».

La stèle représente un homme debout, vêtu d’une tunique descendant au genou. De la main droite, il s’appuie sur une hampe longue qui est ornée d’un motif dorénavant disparu. Il semble tenir dans la main gauche une mappa (serviette). Ses cheveux disposés en mèches parallèles sont rejetés en arrière et il porte une barbe taillée courte. Carantodius n’est pas un citoyen romain. C’est un pérégrin (homme libre vivant dans l’Empire romain) qui porte un seul nom d’origine gauloise.

Stèle funéraire © Roma Aeterna
Stèle funéraire
© Roma Aeterna

 CAG-57-02, p 194: [M]ariola Billicedonis [fi(lius)] / [M]arullin(a)e coniu(gi) et / [Billi]cedon(a)e patres u(iui) p(osuerunt).

« Mariola, fils de Billicedo, pour lui-même, pour Marullina, son épouse et pour Billicedona. Les parents ont élevé (ce monument) de leur vivant ».

La face principale représente un homme et deux femmes en pied, à l’intérieur d’une niche à double arcature. La femme de gauche est vêtue d’une tunique. Elle porte une écharpe et elle serre dans sa main gauche une serviette (mappa). Le personnage féminin au centre se tient légèrement en retrait, a un petit anneau entre le pouce et l’index de sa main droite. Sa main gauche est posée sur l’épaule de l’homme qui porte une tunique, un manteau à capuchon (cucullus) et une écharpe. Sa main gauche tient un coffret à tablettes par l’anse. Cette famille (mère, père et fille) a des noms celtiques, alors que l’inscription date du IIIe s. Notons que cette belle épitaphe est normalement conservée au Musée de la cour d’or à Metz.

Urne cinéraire © Roma Aeterna
Urne cinéraire
© Roma Aeterna

Cette magnifique urne (onyx, Ier s.) a été retrouvée en 1910 par J.-B. Keune lors de travaux effectués près de l’ancienne gare de Metz. Elle était placée dans un caisson à deux compartiments, à côté d’une urne en calcaire de facture locale. L’onyx est un matériau exotique qui vient de très loin : probablement d’Egypte ou d’Inde. Extrêmement onéreux, c’est un marqueur de luxe indéniable. L’onyx tire son nom du grec (onus, ongle) et rappelle un épisode mythologique dans lequel Eros coupe des ongles d’Aphrodite endormie. Ces coupures d’ongles auraient été transformés en pierre (onyx) par les Parques.

Verre issu de la nécropole du Kohlberg, Hérapel. © Roma Aeterna
Verre issu de la nécropole du Kohlberg, Hérapel.
© Roma Aeterna
Verre issu de la nécropole du Kohlberg, Hérapel. © Roma Aeterna
Verre issu de la nécropole du Kohlberg, Hérapel.
© Roma Aeterna

Entre 1821 et 1829, la nécropole du Kohlberg (Hérapel) a livré plus de 600 tombes à incinération et à inhumation. Les sépultures de l’Antiquité tardive disposaient d’un important mobilier archéologique, notamment des verres. A l’origine 68 éléments en verre avaient été découverts. Hélas seuls 14 existent encore…

Le réseau urbain de la cité / l’organisation des campagnes

Le territoire des Médiomatriques est couvert par un important réseau d’agglomérations secondaires, dont certaines (comme Tarquimpol) se sont aussi parées de monuments romains caractéristiques. Bliesbrück était plutôt une petite ville qui servait de relais économique, car l’archéologie a mis au jour des quartiers artisanaux significatifs.

© Roma Aeterna
Maquette de villa © Roma Aeterna

L’exposition présente un objet atypique en calcaire (I-IIIe s., Musée de la Tour aux Puces, Thionville) : une maquette de villa (aedicula) qui représente la pars urbana d’une villa, avec une galerie de façade et des pavillons d’angle. Le corps de logis est de plan rectangulaire et on peut remarquer au rez-de-chaussée un portique à trois baies soutenus par des poteaux de bois ou des colonnes. Au-dessus, des fenêtres suggèrent l’existence d’un étage. Le toit est recouvert de grandes ardoises ou de pierres plates carrées.

Découverte d'une cuve à Grigy © Roma Aeterna
Découverte d’une cuve à Grigy
© Roma Aeterna
Cuve de Grigy © Roma Aeterna
Cuve de Grigy
© Roma Aeterna

Trois cuves en bois (chêne) et un grand bassin à plancher de bois ont été découverts à Grigy dans la cour artisanale de la pars rustica d’une villa romaine. Cet équipement aurait servi à la transformation de fibres textiles végétales (trempage et rouissage). En effet, après un temps de séchage de plusieurs jours au soleil, les plantes sont plongées dans l’eau pour être dissoutes, ce qui permet de rendre les fibres moins adhérentes. La découverte à proximité de fusaïoles en plomb semblerait indiquer que les fibres brutes étaient ensuite filées sur place.

La religion romaine

Cette exposition traite également des croyances et coutumes religieuses des Médiomatriques qui allient des traits gaulois, orientaux et romains.

Colonne de Jupiter à l'anguipède © Roma Aeterna
Colonne de Jupiter à l’anguipède
© Roma Aeterna
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© Roma Aeterna
© Roma Aeterna
© Roma Aeterna
© Roma Aeterna
© Roma Aeterna

Cette sculpture en grès a été retrouvée dans la forêt de Velette (Hoste) et elle traite un thème répandu dans la région et chez les Médiomatriques. Le sommet de la colonne représente effectivement Jupiter, le dieu le plus important du panthéon romain, à cheval et dans une position de combat. Il est ici en train de terrasser un monstre aux jambres serpentiformes. Cette représentation reprend la tradition iconographique des gigantomachies et elle symbolise le triomphe de l’ordre et de la civilisation sur le chaos incarné par les barbares.

Autel de Mogonita © Roma Aeterna
Autel de Mogontia
© Roma Aeterna

CIL, XIII, 04313 : Deae / Mogon/tiae Iul(ius) / Paternus / tabellar(ius) / ex uoto

« A la déesse Mogontia, Iulius Paternus, porteur de dépêches, en accomplissement de son voeu ».

Cette inscription votive en calcaire a été retrouvée avec d’autres ex-votos, à la fin du XIXe s. à Sablon, près de Metz. Le dédicant doit être un affranchi et il s’adresse à la déesse éponyme de Mayence (Mogontiacum).

Mercure et Rosmerta © Roma Aeterna
Mercure et Rosmerta
© Roma Aeterna

Cette sculpture en calcaire a été retrouvée à Toul et elle est dorénavant conservée au Musée de la Cour d’or à Metz. Chez les Leuques et les Médiomatriques, Mercure est souvent représenté avec Rosmerta, une déesse de l’abondance. Mercure porte ici le pétase (chapeau) et une bourse dans la main droite, tandis que Rosmerta arbore une longue tunique resserrée à la taille et une patère dans la main droite. Il y a peut-être un bouc entre les deux personnages.

Les religions orientales sont aussi présentes chez les Médiomatriques :

Tête de Jupiter Ammon © Roma Aeterna
Tête de Jupiter Ammon
© Roma Aeterna

Cette tête en grès a été retrouvée à Metz. L’homme barbu avec des cornes est sans nul doute le dieu d’origine gréco-égyptienne Jupiter (Zeus) Ammon. Ce dieu de l’eau et de la fertilité est honoré dans l’Empire romain à partir de l’époque augustéenne.

Autel commémorant un taurobole © Roma Aeterna
Autel commémorant un taurobole
© Roma Aeterna

CIL, XIII, 11352 : [- – -] / AI[—]nia / ara(m) t(auroboliatam) ob na(t)alic/ium ex iussu ref(iciendum) c(urauit) / Anul(l)ino II et Fro/(n)tone co(n)s(ulibus).

 « [- – -] a pris soin, à l’occasion de son anniversaire, de restaurer, par ordre (de la divinité), un autel commémoratif d’un taurobole, sous les consulats d’Annullinus, consul pour la deuxième fois, et de Fronton ».

Le culte de la Grande Mère Cybèle est originaire de Syrie et il est introduit à Rome dès l’époque médio-républicaine, à la fin du IIIe s. av. J.-C. Déesse mère, divinité de la nature et de la végétation, elle est souvent associée à son amant Attis. Jalouse, elle aurait poussé Attis à la folie et dans une crise de démence, celui-ci se serait émasculé avant de mourir. Prise de remords, Cybèle l’aurait ensuite ressuscité sous la forme d’un pin.

L’autel commémore ici le sacrifice d’un taureau en l’honneur de Cybèle (un taurobole) en 199, sous le principat de Septime Sévère (193-211). La tête du taureau sacrifiée vient orner la face principale de l’autel.

Décadence de la Gaule mosellane et émergence du christianisme

À partir du milieu du IIIe siècle, la Gaule mosellane entre en crise et a du mal à repousser les attaques germaniques. Cette période se conclut dans la seconde moitié du Ve s. par la fin de la domination romaine en Occident et l’établissement des royaumes barbares (Francs, Alamans, Burgondes et Wisigoths). Cette période d’insécurité sème le trouble parmi la population locale. Pour se protéger des incursions de peuples germaniques, Francs et Alamans en particulier, certaines personnes cachent leurs biens les plus précieux.

Trésor de Vic-sur-Seille © Roma Aeterna
Trésor de Vic-sur-Seille
© Roma Aeterna

Le trésor de Vic-sur-Seille a été enfoui vers 260 et il contient de nombreux objets en argent, en alliage cuivreux, en os et en verre. L’objet le plus impressionnant est une plaquette en argent travaillée au repoussé et qui daterait de la deuxième moitié du IIe s. Elle représente une scène religieuse dans une niche encadrée par des colonnes cannelées (le tout rappelle un petit temple), puisque nous reconnaissons : Apollon, Minerve et Mercure. Il pourrait s’agir d’un ex-voto.

Au début du IVe s., la cité des Médiomatriques intègre un nouveau cadre provincial dans la province de Belgique Première dont Trèves, résidence impériale, est la capitale. Son territoire s’amenuise encore, puisqu’elle est amputée de ses espaces occidentaux au profit d’une nouvelle cité, le Verdunois. Après le règne de l’empereur Constantin et jusqu’en 470-475, les périodes de troubles se succèdent. Puis les Médiomatriques passent sous le contrôle des Frances.

***

On peut déplorer l’absence d’un catalogue d’exposition qui aurait permis de diffuser plus largement les pièces de cette belle exposition.


Pour découvrir le Parc archéologique européen de Bliesbrück-Reinheim : http://www.archeo57.com/index.php

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