Les trésors du Palazzo Massimo à Rome (1)

Les trésors du Palazzo Massimo à Rome : le sarcophage de Portonaccio

 

Cet article inaugure une série consacrée aux plus belles pièces de ce magnifique musée romain. Un autre article est déjà dédié à la fameuse statue du Pugiliste, à voir ici.

Sarcophage de Portonaccio © Roma Aeterna
Sarcophage de Portonaccio
© Roma Aeterna
Sarcophage de Portonaccio  © Roma Aeterna
Sarcophage de Portonaccio
© Roma Aeterna
Sarcophage de Portonaccio  © Roma Aeterna
Sarcophage de Portonaccio
© Roma Aeterna

Le Palazzo Massimo à Rome recèle de nombreux trésors. Parmi eux le sarcophage de Portonaccio (vers 180-190) tient littéralement une place à part, car une salle entière lui est consacrée. Il a été retrouvé en 1931 dans un quartier de Rome (Portonaccio), via delle Cave di Pietralata, à proximité de l’antique via Tiburtina. C’est l’un des plus grands sarcophages conservés (153 × 273 × 137 cm) et le plus bel exemple d’architecture funéraire privée du IIe s. ap. J.-C.

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Sarcophage de Portonaccio  © Roma Aeterna
Sarcophage de Portonaccio
© Roma Aeterna

Le sarcophage est divisée en deux parties, dont la principale représente une bataille contre des barbares. La composition se focalise sur l’avancée d’un cavalier romain qui apparaît comme l’archétype du vainqueur. Il est placé au milieu d’une mêlée de soldats, de chevaux et de lances. Les troupes romaines sont en train de battre les barbares.

Sarcophage de Portonaccio : le cavalier au milieu de la mêlée © Roma Aeterna
Sarcophage de Portonaccio : le cavalier au milieu de la mêlée
© Roma Aeterna

La défaite des barbares (Marcomans, Quades et Sarmates) est ici symbolisée par des trophées et surtout par deux paires de barbares attachés. Ci-dessous, une femme vaincue et ligotée. Sa mine dépitée et sa tête baissée laissent transparaître le désespoir des vaincus qui se sont peut-être rebellés contre l’autorité romaine. Son sein droit découvert montre que la pudeur (vertu de la matrone romaine) lui est bien étrangère. Cet aspect vient donc compléter le portrait du « parfait barbare ».

Sarcophage de Portonaccio : les barbares vaincus © Roma Aeterna
Sarcophage de Portonaccio : les barbares vaincus
© Roma Aeterna
Sarcophage de Portonaccio : les barbares vaincus © Roma Aeterna
Sarcophage de Portonaccio : les barbares vaincus
© Roma Aeterna
Sarcophage de Portonaccio : les barbares vaincus © Roma Aeterna
Sarcophage de Portonaccio : les barbares vaincus
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Les trophées et les barbares vaincus viennent encadrer les scènes sanglantes :

Sarcophage de Portonaccio : barbares vaincus et trophée © Roma Aeterna
Sarcophage de Portonaccio : barbares vaincus et trophée
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Sarcophage de Portonaccio : barbares vaincus et trophée © Roma Aeterna
Sarcophage de Portonaccio : barbares vaincus et trophée
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La bataille proprement dite est disposée le long de la diagonale qui traverse la surface du sarcophage du bras de la femme captive sculptée dans le coin gauche au casque du trophée représenté dans le coin supérieur droit. Le caractère dramatique de la scène est accentué par le profond clair-obscur (bien mis en valeur d’ailleurs par la muséographie du Palazzo Massimo).

Sarcophage de Portonaccio : la frise du couvercle © Roma Aeterna
Sarcophage de Portonaccio : la frise du couvercle
© Roma Aeterna

La frise du couvercle est délimitée par deux masques dans les coins gauche et droit du sarcophage. La frise célèbre le mort et son épouse grâce à la scène de la dextrarum iunctio. Cet acte qui symbolise l’union consiste à se serrer les mains droites. A gauche, la femme est présentée en bonne matrone vertueuse, par exemple dans son rôle d’éducation des enfants ; tandis qu’à droite l’homme est représenté en soldat victorieux. En effet, il reçoit la soumission des vaincus, ce qui permet d’exalter sa clementia (clémence).

Sarcophage de Portonaccio : dextrarum iunctio © Roma Aeterna
Sarcophage de Portonaccio : dextrarum iunctio
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Sarcophage de Portonaccio : la sphère féminine © Roma Aeterna
Sarcophage de Portonaccio : la sphère féminine
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Sarcophage de Portonaccio : la sphère féminine © Roma Aeterna
Sarcophage de Portonaccio : la sphère féminine
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Sarcophage de Portonaccio : le général accepte la reddition des barbares © Roma Aeterna
Sarcophage de Portonaccio : le général accepte la reddition des barbares
© Roma Aeterna
Sarcophage de Portonaccio : le général accepte la reddition des barbares © Roma Aeterna
Sarcophage de Portonaccio : le général accepte la reddition des barbares
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Hélas les visages des personnages principaux ne sont pas parvenus jusqu’à nous. Cependant nous disposons d’indices pour identifier le défunt. En effet, l’aigle la IIIe légion Flavia et le sanglier de la Iere légion Italica permettent de penser qu’il pourrait s’agir d’Aulus Iulius Pompilius, qui a officié à l’époque de Marc Aurèle. Il a effectivement commandé deux ailes de cavalerie lors du détachement de ces deux légions pendant la guerre contre les Marcomans (172-175). D’ailleurs la décoration du sarcophage s’inspire de scènes visibles sur la colonne antonine et qui date des années 180.

Sarcophage de Portonaccio © Roma Aeterna
Sarcophage de Portonaccio
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Le parcours de ce général est connu par une inscription (CIL, VIII, 2582) : Aulus Iulius Pompilius Auli filius Cornelia Piso Titus Vibius Laevilius Quadratus Berenicianus XVir stlitibus iudicandis tribunus militum legionis XII Fulminatae item XV Apollinaris quaestor urbanus adlectus inter tribunicios praetor candidatus Augustorum legatus legionis XIII Geminae item IIII Flaviae praepositus legionibus I Italicae et IIII Flaviae cum omnibus copiis auxiliorum dato iure gladii legatus Augustorum pro praetore legionis III Augustae consul designatus.

****

Ammien Marcellin a livré un récit saisissant d’une bataille gagnée en 357 par les Romains près de Strasbourg. La description fait penser à la scène du sarcophage :

  « Quand les accents des trompettes eurent, selon l’usage, donné de part et d’autre le signal du combat, la lutte s’engagea avec violence. Pendant un temps on se lança des javelots et les Germains se précipitèrent avec plus de hâte que de prudence ; brandissant leurs armes de la main droite, ils fondirent sur nos escadrons de cavalerie, grinçant des dents affreusement. Leurs cheveux flottants se hérissaient avec plus de fureur que d’habitude, et de leurs yeux rayonnait une sorte de rage. Dressant leur opiniâtreté contre eux, nos soldats protégeaient leur tête derrière le rempart de leur bouclier et, tirant leurs épées ou brandissant leurs javelots qui les menaçaient de mort, ils épouvantaient leurs adversaires. (…) Avec un acharnement extrême on en vint au corps à corps, (…) le ciel résonnait des grands cis poussées par les vainqueurs et les blessés. »

  Ammien Marcellin, Histoires, XVI, 12, 36-37.

Ces photos sont issues de mes différentes visites au Palazzo Massimo entre 2011 et 2014.


Bibliographie (wikipedia) : 

  • Andreae B., Motivgeschichtliche Untersuchungen zu den Römischen Schlachtsarkophagen, Berlín, 1956.
  • Andreae B., “Imitazione ed originalità nei sarcofagi romani”, RendPontAcc, vol. XLI, 1968/9, pp. 145-166.
  • Andreae B., Arte Romano, Barcelona, 1974.
  • España-Chamorro S., Propaganda, identidad, ideología y perspectiva en la escena de batalla del sarcófago de Portonaccio ArqueoUCA, 2011, nº 1, pp. 93-106
  • Huskinson J., “‘Unfinished portrait heads’ on later roman sarcophagi : some new perspectives”, PBSR, LXVI, 1998, pp. 129-158.
  • Koch G. & Sichtermann H., Römische Sarkophage. Handbuch der Archäologie, Múnich, 1982.
  • La Regina A., Museo Nazionale Romano: Palazzo Massimo alle terme, Terme Diocleziano, Palazzo Altemps, Museo Palatino, Crypta Balbi, Milano, 2005.
  • Pardyová M., “Le sarcophage de Portonaccio et la composition de son décor”, SPFFBU, Brno, Masarykova univerzita, vol. 9, nº 1, pp. 55-76.
  • Pardyová M., “La représentation de bataille sur le sarcophage de Portonaccio et sa composition”, Eirene, XLII, 2006, pp. 135-151.
  • Sidebottom H., Ancient Warfare. A very short introduction, Oxford, 2004.
  • Turcan R., L’art romain dans l’histoire. Six siècles de la romanité, Paris, 1995

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