L’Ara Pacis Augustae en réalité augmentée

L’Ara Pacis Augustae en réalité augmentée

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Le Musée de l’Ara Pacis met en place une nouvelle forme de valorisation du patrimoine romain, en utilisant la réalité augmentée et le virtuel. L’entreprise ETT essaie alors de recréer la polychromie des différents bas-reliefs, afin de redonner vie à ce monument emblématique de l’époque augustéenne.

Une vidéo permet de mieux mesurer l’importance de cette réalisation offerte aux visiteurs :

Un reportage plus complet : 

Construit entre 13 et 9 av. J.-C., cet autel (c’est-à-dire une table consacrée aux sacrifices) est entouré d’une enceinte de marbre rectangulaire, mesurant 11, 65 m sur 10, 625 m. Un escalier permettait d’accéder à l’autel. A l’intérieur, un autre escalier de plusieurs marches était disposé des quatre côtés. Un des côtés possédait également un autre escalier permettant au prêtre d’accéder à la table rituelle. L’autel dispose en outre de deux entrées, larges de 3, 60 m. Grâce à de nombreuses restaurations, le monument est bien conservé, malgré quelques bas-reliefs lacunaires.

L’Ara Pacis se situait à l’origine le long de la Via Flaminia sur le Champ de Mars et des fragments ont été découverts dès la Renaissance. Il faut toutefois attendre 1859 pour faire de nouvelles découvertes significatives et les premières fouilles sérieuses n’eurent lieu qu’en 1903, ce qui permit d’ailleurs de trouver la structure de l’autel et d’autres bas-reliefs. Les fouilles furent définitivement terminées en 1937-38.

      L’Ara Pacis fut alors reconstruit, mais en changeant d’orientation : il est orienté Nord-Sud au lieu d’Est-Ouest dans un pavillon, juste à côté du Mausolée d’Auguste et près du Tibre. Il est ensuite inauguré le 23 septembre 1938, date anniversaire de la naissance d’Auguste.

      Aujourd’hui, l’Ara Pacis est mis en valeur dans un tout nouveau musée, conçu par l’architecte Richard Meier.

L’autel est bien évidemment connu pour ses bas-reliefs, car l’art ornemental est l’arme privilégiée du pouvoir augustéen selon Gilles Sauron. Chaque angle extérieur était orné d’un pilastre (support terminé par une base et un chapiteau) de marbre à chapiteau corinthien.

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Un des messages de ce monument est de présenter Octavien-Auguste comme l’agent du renouveau et le vainqueur d’Actium (31 av. J.-C.). Selon Gilles Sauron, la lutte finale entre Antoine et Octavien est d’ailleurs symbolisée sur l’Ara Pacis par une profusion d’éléments végétaux. Les rinceaux d’acanthes montrent la lutte des végétaux, car ils étouffent les autres plantes.

Antoine est représenté par le lierre et la vigne qui sont d’évidents symboles de Dionysos. Quant à Octavien, il utilise le laurier et l’acanthe, deux symboles d’Apollon. Dans la mythologie, Acanthe était une nymphe que le dieu Apollon voulut enlever. Ne souhaitant pas succomber au charme du dieu, la nymphe le griffa au visage. Pour se venger, Apollon la transforma en une plante épineuse qui aime le soleil, mais que plus personne ne pourra toucher…

Dans la frise végétale inférieure, les acanthes ont visuellement une place écrasante, tandis que le lierre est en minorité. Une grappe de raisin pend aussi à une feuille d’Acanthe. Dans le langage des images, Auguste contrôle donc symboliquement Marc Antoine. Octavien-Auguste est en effet celui qui a mis fin aux guerres civiles et celui qui instaure la paix. En outre, les motifs en trident des fleurs de lotus rappellent la victoire navale d’Actium.

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Il s’agit du bas-relief sud-est. Plusieurs identifications avaient été proposées pour la figure centrale : Tellus, Pax ou Italia. Un consensus semble se former pour Tellus. La paix est certes absente de l’Ara Pacis, mais elle est implicite dans les bienfaits, comme la fécondité de la terre. Tellus est représentée voilée, couronnée d’épis et assise sur un roc. Elle porte aussi dans les bras deux enfants. Sur elle, les objets ronds semblent être des fruits, un objet plus oblong (artichaut ? une profusion de feuilles pour suggérer la fécondité ?). A ses pieds, un bovidé est couché au bord d’un fleuve suggéré par une cruche à gauche qui déverse de l’eau. Un mouton broute tranquillement.

Il s’agit d’une scène calme de paix qui favorise l’agriculture. La Paix est d’ailleurs considérée comme la mère de l’agriculture dans la poésie augustéenne. A l’arrière-plan sur un rocher, un buisson d’acanthe donne naissance à du pavot et à des épis de blé. L’acanthe est très utilisée par Auguste pour la rigueur de son organisation et rappelle évidemment Apollon (dieu tutélaire d’Auguste).

Selon Gilles Sauron, une nouvelle esthétique est fondée. Elle symbolise la richesse, la fécondité, l’abondance, la paix garante de l’âge d’or, tout cela sous l’égide d’Apollon. Les deux personnages de chaque côté à moitié nus, tenant les tissus gonflés par les vents, sont des brises différentes. Celle de gauche, la brise terrrestre, est assise sur un cygne. Celle de droite est assise sur une sorte de dragon cornu qui sort de l’eau et il pourrait s’agir de la brise marine. La prospérité est totale et illustre  alors parfaitement le chant séculaire d’Horace (65-8 av. J.-C.) : « Que la Terre, mère fertile des moissons et du bétail, décore Cérès d’une couronne d’épis et les souffles salubres de Jupiter nourrissent ce qu’elle enfante ».

La prospérité naît de la paix. D’ailleurs sur un autre bas-relief Est, la déesse Rome (dea Roma) est assise sur un trophée (armes prises à l’ennemi et dressées pour remercier les dieux). On voit notamment des boucliers et elle tient une épée à la main. Donc Rome est un peuple vainqueur qui amène la paix, la pax romana.

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Ce bas-relief est largement fragmentaire, puisqu’il ne reste que la tête du dieu Mars et la silhouette du berger Faustulus. Pourtant ces indices permettent d’identifier la scène qui représente la découverte des jumeaux Romulus et Rémus, tétant une louve sous le figuier du Lupercal (ficus ruminalis).

Fils de Mars et de la Vestale Rhea Silvia, les bébés ont été exposés à une mort quasi certaine. Leur père assiste donc ici au miracle de leur survie. Ces enfants ne peuvent alors qu’avoir une histoire extraordinaire. Nous nous trouvons aux origines mythiques de l’histoire de Rome.

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Le passé et le présent sont étroitement imbriqués dans l’Ara PacisEn effet cette frise montre la procession de 13 av. J.-C. qui est liée au choix de ce monument. Auguste est encadré par des hommes et des magistrats. Il est séparé des autres membres de la famille impériale par trois flamines qui sont des prêtres facilement reconnaissables grâce à leur petit chapeau surmonté d’une pointe, l’apex.  Gilles Sauron fait d’ailleurs remarquer le parallélisme dans la figuration d’Auguste et d’Enée. Deux fondateurs sont alors mis en parallèle : Enée, père d’Ascagne-Iule, ancêtre de la gens Iulia  et Auguste.

La bibliographie sur l’Ara Pacis Augustae est forcément pléthorique, mais nous renvoyons en premier lieu à cet ouvrage majeur de Gilles Sauron et à l’article déjà mentionné :

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Sur cette manifestation :

http://www.arte.rai.it/articoli/lara-pacis-raccontata-con-la-realtà-aumentata/34885/default.aspx

http://fr.arapacis.it/mostre_ed_eventi/eventi/l_ara_com_era

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